Empirisme logique

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L’empirisme logique est une philosophie de la première moitié du XXeme siècle, représentée, dans sa période la plus active (1920-30), par le Cercle de Vienne, mais qui fut également présente et influente à Berlin, Prague et Varsovie. Parmi les tenants de ce courant, on peut citer : Moritz Schlick, Rudolf Carnap, Otto Neurath, Friedrich Waismann, Herbert Feigl, Philip Frank. L’empirisme logique s’est ensuite déplacé aux États-Unis et en Grande-Bretagne où il a eu une importante postérité. Il est l’une des sources majeures de la philosophie analytique.

Les philosophes de l’empirisme logique se sont surtout occupés de problèmes touchant à la connaissance, à la lumières des révolutions scientifiques de leur temps (progrès de la logique et, en physique, théorie de la relativité d’Einstein). Ces développements scientifiques demandaient une sérieuse révision du rapport de la philosophie à la connaissance. Par exemple, l’apriorisme kantien était visiblement réfuté par l’existence de géométries non-euclidiennes. Ce statut privilégié de la science ne doit cependant pas faire négliger que ces philosophes ont également écrit sur la morale et que la présentation publique du Cercle de Vienne (dans La Conception scientifique du monde) possède des accents politiques très marqués.

Bien que l’on ne puisse formuler de doctrine (un ensemble de thèses) commune à ces philosophes engagés avant tout dans un projet commun, on peut néanmoins donner une idée de ce projet en en délimitant les contours par les trois points suivants :

  • toute connaissance est vérifiable par l’expérience (propositions synthétiques a posteriori);
  • la logique et les mathématiques ne disent rien sur le monde (propositions analytiques);
  • les propositions qui ne sont pas synthétiques a posteriori sont dépourvues de sens (propositions de la métaphysique, de l’éthique, etc.).

La première proposition a pour conséquence que seules les sciences sont des connaissances ; elle dessine également les contours d’un domaine de savoir unifié, puisque toute proposition a un sens de la même façon, en se rapportant à des faits observables du monde.

La troisième proposition est un rejet des propositions synthétiques a priori. En effet, les propositions qui nous apprennent quelque chose sur la réalité ne peuvent pas être indépendantes de l’expérience. Donc, les propositions qui prétendent nous apprendre quelque chose sans le recours à l’expérience (comme les propositions de la philosophie rationaliste, de la métaphysique ou de la théologie, par exemple : l’âme est immortelle) ne peuvent être ni vérifiées ni réfutées : c’est un pseudo-savoir, et on dit de ces propositions qu’elles sont dépourvues de sens.

Cette conception de la connaissance retire à la philosophie la possibilité de formuler des propositions qui lui soient propres : la philosophie n’a rien à dire sur le monde[1] et il n’y a donc pas de connaissances philosophiques. C’est pourquoi, tous les anciens systèmes philosophiques sont relégués au rang de généralisations hâtives et de fictions, tandis que la philosophie doit prendre pour matériaux les propositions des sciences, et elle peut être dans ce cas conçue (comme le fait Schlick) comme une activité d’analyse logique des concepts au sein des sciences, ou (selon Carnap) comme « reconstruction formelle du langage de la science au moyen de la logique »[2].

Sommaire

Bibliographie

Recueils

  • Actes du Congres international de philosophie scientifique, Sorbonne, Paris, 1935
  • Logical Positivism, A.J. Ayer (éd.), 1959
  • Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, A. Soulez (éd.), 1985
  • L’Age d’or de l’empirisme logique, C. Bonnet et P. Wagner (éds.), 2006

Auteurs

Études

  • JACOB, Pierre, L’Empirisme logique, Éditions de Minuit, 1980
  • OUELBANI, Mélika, Le Cercle de Vienne, PUF, 2006
  • SCHMITZ, François, Le Cercle de Vienne, Vrin, 2009

Notes

  1. Selon l’expression de Delphine Chapuis-Schmitz (cf. Ressources).
  2. cf. D. Chapuis-Schmitz.

Ressources