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Appendice
Chansons du Prince hors la loi
- A Goethe
L'impérissable
N'est que symbole!
Dieu l'insidieux
Imposture de poète...
La roue de l'univers
Roule de but en but
La haine l'appelle misère,
Le fou dit que c'est un jeu...
Le jeu du monde, impérieux,
Mêle l'être à l'apparence : -
L'éternelle Folie
Nous mélange à elle!...
- La vocation du poète
Tout récemment j'étais assis,
Me reposant à l'ombre des arbres,
Lorsque j'entendis frapper des coups,
Doucement, comme en mesure.
Je voulus me fâcher, je fis la grimace, -
Enfin je finis par céder,
Jusqu'à ce qu'enfin, moi aussi, comme un poète,
Je me mis à parler en tic-tac.
Tandis que je faisais des vers, houpsa!
Syllabe par syllabe,
Je me mis soudain à rire,
Au moins durant un quart d'heure.
Toi poète? Toi un poète?
Ta tête est-elle donc dérangée?
- « Oui, Monsieur, vous êtes poète! »
Pic, l'oiseau, hausse les épaules.
Qui j'attends dans le buisson?
Brigand, qui veux-tu surprendre?
Est-ce une maxime, une image?
Et vite je mets la rime.
Tout ce qui rampe, ce qui sautille,
Le poète vite en fait un vers.
- « Oui, Monsieur, vous êtes poète! »
Pic, l'oiseau, hausse les épaules.
Les rimes, oui, sont comme des flèches,
Tout cela s'agite et tremble,
Lorsque la flèche pénètre
Dans le corps de la bête!
Vous en mourez, pauvre diable!
Hélas! si ce n'est d'ivresse.
- « Oui, Monsieur, vous êtes poète! »
Pic, l'oiseau, hausse les épaules.
Versets obliques, pleins de hâte,
Petits mots fous qui se pressent!
Jusqu'à ce que, ligne après ligne,
Tout soit pendu à la chaîne.
Et il y a des gens cruels
Que cela amuse? Poète sans coeur?
- « Oui, Monsieur, vous êtes poète! »
Pic, l'oiseau, hausse les épaules.
Railles-tu oiseau? Veux-tu rire!
As-tu la tête dérangée'?
Mon coeur le serait-il davantage?
Gare, tu craindras ma colère!
Mais le poète tresse des rimes,
Même en colère, brèves et vraies.
- « Oui, Monsieur, vous êtes poète! »
Pic, l'oiseau, hausse les épaules.
- Dans le Midi
A une branche torse, me voici suspendu,
Et je balance ma fatigue.
C'est d'un oiseau que je suis l'hôte,
Je repose en un nid d'oiseau.
Où suis-je donc? Loin! Hélas, loin!
La blanche mer est endormie,
A sa surface une voile de pourpre.
Une roche, un figuier, la tour et le port,
Des idylles à l'entour, des bêlements de moutons,
Innocence du Midi accueille-moi!
Aller au pas - quelle existence!
Cette allure-là rend allemand et lourd.
J'ai dit au vent de m'emmener,
L'oiseau m'a appris à planer.
Vers le midi, j'ai passé sur la mer.
Raison! Attristantes affaires!
Le but alors était trop près.
J'ai su, au vol, ce qui me bernait.
Je sens la sève qui monte et le courage
Pour une vie nouvelle et un jeu nouveau...
Penser seul c'est la sagesse,
Chanter seul serait stupide!
Voici un chant en votre honneur,
Asseyez-vous autour de moi,
En silence, oiseaux méchants!
Si jeune, si faux, si vagabonds,
Vous semblez être faits pour aimer,
Et pour tous les jolis passe-temps?
Dans le Nord, - j'hésite à l'avouer, -
J'ai aimé une femme, vieille à pleurer :
« Vérité » s'appelait cette vieille femme...
- La pieuse Beppa
Tant que mon petit corps est joli,
C'est la peine d'être pieuse.
On sait que Dieu aime les femmes,
Les jolies avant tout.
Il pardonne, j'en suis sûre,
Facilement au petit moine
D'aimer, comme certain petit moine,
A être près de moi.
Ce n'est pas un père de l'Église!
Non, il est jeune et souvent rouge,
Malgré les sombres ivresses,
Plein de peine et de jalousie.
Je déteste tous les vieillards,
Je n'aime pas les vieilles gens;
Avec combien de sagesse,
Dieu, le père, y a pourvu!
L'Église s'entend à vivre,
Elle sonde les coeurs et les visages.
Elle veut toujours me pardonner -
Et qui donc ne me pardonne pas?
On murmure du bout des lèvres,
On s'incline et l'on s'en va,
Avec un petit péché neuf,
On efface vite l'ancien.
Béni soit Dieu sur la terre,
Qui aime les jolies filles,
Et se pardonne volontiers
Cette espèce de peine de coeur.
Tant que mon petit corps est joli,
C'est la peine d'être pieuse :
Quand je serai une vieille femme
Le diable viendra me chercher!
- La barque mystérieuse
La nuit dernière, quand tout dormait,
Et que, dans la rue, on entendait à peine
Les soupirs incertains du vent,
Mes oreilles ne me donnaient pas le sommeil
Ni le pavot, ni ce qui fait encore
Dormir, - une bonne conscience.
Enfin, renonçant au sommeil,
Je courus vers la plage.
Il faisait clair de lune et doux - et, dans le sable chaud,
Je trouvai l'homme avec sa barque.
Tous deux sommeillaient, le berger et la brebis :
Sommeillante la barque quitta la rive.
Une heure se passa, peut-être deux,
Ou bien était-ce une année?
Quand soudain mes sens furent plongés
Dans une éternelle inconscience,
Et un gouffre s'ouvrit,
Sans borne : - c'était fini!
- Le matin vint, sur de noires profondeurs
Une barque se repose et se repose encore
Qu'est-il arrivé? Un cri s'élève
Cent cris : qu'y a-t-il? Du sang? - -
Rien n'est arrivé! Nous avons dormi,
Tous - hélas! c'était bon! si bon!
- Déclaration d'amour
- (où le poète se fit éconduire -)
- Oh! merveille! Vole-t-il encore?
- Il s'élève et ses ailes sont au repos?
- Qu'est-ce qui le porte donc et l'élève?
- Où est maintenant son but, son vol, son trait?
- Comme l'étoile et l'éternité,
- Il vit dans les hauteurs dont s'éloigne la vie,
- Ayant pitié, même de l'envie - ;
- Est monté bien haut qui le voit planer!
- Oh! Albatros, oiseau!
- Un désir éternel me pousse dans les hauteurs.
- J'ai pensé à toi : alors une larme
- Après l'autre, a coulé, - oui, je t'aime!
- Chant
- d'un chevrier théocritien
Je suis couché malade,
Les punaises me dévorent
Elles troublent ma lumière!
J'entends qu'elles dansent...
Elle voulait, à cette heure,
Se glisser jusqu'à moi,
J'attends comme un chien
Et rien ne vient.
Ce signe de croix en promettant?
Comment mentirait-elle?
- Ou bien court-elle après chacun,
Comme mes chèvres?
D'où lui vient sa jupe de soie? -
Eh bien! la fière?
Il y a encore plus d'un bouc
Dans ce bois?
- Comme l'attente amoureuse
Rend trouble et venimeux!
Ainsi pousse dans la nuit humide
Le vénéneux champignon du jardin.
L'amour me ronge,
Comme les sept maux, -
Je n'ai plus d'appétit pour rien
Adieu, mes oignons!
La lune déjà s'est couchée dans la mer,
Lasses sont toutes les étoiles
Le jour se lève gris,
J'aimerais mourir.
- Ces âmes incertaines...
Ces âmes incertaines,
Je leur en veux à mort.
Tout leur honneur est un supplice,
Leurs louanges couvrent de honte
Parce que, au bout de leur laisse,
Je ne traverse pas les temps,
Le poison de l'envie, doux et désespéré,
Dans leur regard me salue.
Qu'ils m'injurient avec courage
En me tournant le dos!
Ces yeux suppliants et égarés
Sans cesse se tromperont sur moi.
Un fou au désespoir
Hélas! ce que j'ai écrit sur la table et le mur
Avec mon coeur de fou et ma main de fou
Devrait orner pour moi la table et le mur...
Mais vous dites : « Les mains de fou gribouillent, -
Et il faut nettoyer la table et le mur
Jusqu'à ce que la dernière trace ait disparu! »
Permettez! Je vais vous donner un coup de main -,
J'ai appris à me servir de l'éponge et du balai,
Comme critique et comme homme de peine.
Mais lorsque le travail sera fini,
J'aimerais bien vous voir, grands sages que vous êtes,
Souiller de votre sagesse la table et le mur.
- Rimus Remedium
- ou : comment les poètes malades se consolent
- Sorcière du temps,
De ta bouche baveuse découle
Lentement une heure après l'autre.
En vain tout mon dégoût s'écrie :
« Malédiction au gouffre
- De l'Éternité! »
- Le monde - est d'airain :
Un taureau bouillant - est sourd aux cris.
Avec l'éclat d'un poignard ma douleur écrit
Dans mon cerveau :
- « Le monde n'a pas de coeur
Et ce serait folie de lui en vouloir! »
- Verse tous les pavots,
Verse la fièvre! le poison dans mon cerveau!
Depuis trop longtemps tu interroges ma main et mon front.
Que demandes-tu? Quoi? « A quel - prix? »
- - Ah? Malédiction sur la fille
Et sa raillerie!
- Non! Reviens!
Il fait froid dehors, j'entends la pluie -
Je devrais être plus tendre avec toi?
- Prends; Voici de l'or : comme la pièce brille! -
- T'appeler « Bonheur »?
Te bénir, fièvre? -
- La porte s'ouvre.
Il pleut à torrents jusqu'à mon lit!
Le vent éteint la lumière, - misère!
- Celui qui maintenant n'aurait pas cent rimes,
- Je parie, je parie,
Qu'il y laisserait sa peau!
« Mon bonheur! »
Je revois les pigeons de Saint-Marc :
La place est silencieuse, le matin s'y repose.
Dans la douce fraîcheur indolemment j'envoie mes chants.
Comme un essaim de colombes dans l'azur
Et les rappelle des hauteurs,
Encore une rime que j'accroche au plumage
- mon bonheur! mon bonheur!
Calme voûte du ciel, bleu-clair et de soie,
Tu planes protectrice sur l'édifice multicolore
Que j'aime - que dis-je? - que je crains et envie...
Comme je serais heureux de lui vider son âme!
La rendrais-je jamais? -
Non, n'en parlons pas, pâture merveilleuse du regard!
- mon bonheur! mon bonheur!
Clocher sévère, avec quelle vigueur de lion
Tu t'élèves ici, victorieux, sans peine!
Tu couvres la place du son profond de tes cloches -:
Je dirais en français que tu es son accent aigu !
Si comme toi je restais ici
Je saurais par quelle contrainte, douce comme de la soie...
- mon bonheur! mon bonheur!
Éloigne-toi, musique! Laisse les ombres s'épaissir
Et croître jusqu'à la nuit brune et douce!
Il est trop tôt pour les harmonies, les ornements d'or
Ne scintillant pas encore dans leur splendeur de rose,
Il reste beaucoup de jour encore,
Beaucoup de jour les poètes, les fantômes et les solitaires.
- mon bonheur! mon bonheur!
Vers les Mers nouvelles
Là-bas - je veux aller, et j'ai dès lors
Confiance en moi et en mes talents de pilote,
La vaste nappe de la mer s'étend
Et mon vaisseau génois navigue vers l'azur.
Tout scintille pour moi, dans sa splendeur nouvelle,
Le midi sommeille sur l'espace et le temps -:
Et ton aeil seulement - monstreux Me fixe, ô infini!
Sils Maria
J'étais assis là dans l'attente - dans l'attente de rien,
Par-delà le bien et le mal jouissant, tantôt
De la lumière, tantôt de l'ombre, abandonné
A ce jour, au lac, au midi, au temps sans but.
Alors, ami, soudain un est devenu deux -
Et Zarathoustra passa auprès de moi...
Pour le mistral. Chanson a danser
Vent mistral, chasseur de nuages,
Tueur de mélancolie, balayeur du ciel,
Toi qui mugis, comme je t'aime!
Ne sommes-nous pas tous deux les prémices
D'une même origine, au même sort
Éternellement prédestinés?
Là, sur les glissants chemins de rochers,
J'accours en dansant à ta rencontre,
Dansant, selon que tu siffles et chantes :
Toi qui sans vaisseau et sans rames,
Libre frère de liberté,
T'élances sur les mers sauvages.
A peine éveillé, j'ai entendu ton appel,
J'ai accouru vers les falaises,
Vers les jaunes rochers au bord de la mer.
Salut! Déjà comme les clairs flots
D'un torrent diamantin, tu descendais
Victorieusement de la montagne.
Sous les airs unis du ciel,
J'ai vu galoper tes chevaux,
J'ai vu le carrosse qui te porte.
J'ai même vu le geste de la main
Qui, sur le dos des coursiers,
Comme l'éclair abat son fouet,
Je t'ai vu descendre du char,
Afin d'accélérer ta course,
Je t'ai vu court comme une flèche
Pousser droit dans la vallée, -
Comme un rayon d'or traverse
Les roses de la première aurore.
Danse maintenant sur mille dos,
Sur le dos des lames, des lames perfides
Salut à qui crée des danses nouvelles!
Dansons donc de mille manières,
Que notre art soit nommé - libre!
Qu'on appelle gai - notre savoir!
Arrachons à chaque plante
Une fleur à notre gloire,
Et deux feuilles pour une couronne!
Dansons comme des troubadours
Parmi les saints et putains,
La danse entre Dieu et le monde!
Celui qui, avec le vent,
Ne sait pas danser, qui s'enveloppe
De foulards, tel un vieillard,
Celui qui est hypocrite,
Glorieux et faux vertueux,
Qu'il quitte notre paradis.
Chassons la poussière des routes,
Au nez de tous les malades,
Épouvantons les débiles,
Purifions toute la côte
De l'haleine des poitrines sèches
Et des yeux sans courage!
Chassons qui trouble le ciel,
Noircit le monde, attire les nuages!
Éclairons le royaume des cieux!
Mugissons... toi le plus libre
De tous les esprits libres, avec toi
Mon bonheur mugit comme la tempête. -
Et prends, pour que le souvenir
De ce bonheur soit éternel,
Prends l'héritage de cette couronne!
Jette-la là-haut, jette-la plus loin,
A l'assaut de l'échelle céleste,
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Anhang
Lieder des Prinzen Vogelfrei.
An Goethe.
Das Unvergängliche
Ist nur dein Gleichniss!
Gott der Verfängliche
Ist Dichter-Erschleichniss...
Welt-Rad, das rollende,
Streift Ziel auf Ziel:
Noth - nennt's der Grollende,
Der Narr nennt's - Spiel...
Welt-Spiel, das herrische,
Mischt Sein und Schein: -
Das Ewig-Närrische
Mischt uns - hinein!...
Dichters Berufung.
Als ich jüngst, mich zu erquicken,
Unter dunklen Bäumen sass,
Hört' ich ticken, leise ticken,
Zierlich, wie nach Takt und Maass.
Böse wurd' ich, zog Gesichter,
Endlich aber gab ich nach,
Bis ich gar, gleich einem Dichter,
Selber mit im Tiktak sprach.
Wie mir so im Verse-Machen
Silb' um Silb' ihr Hopsa sprang,
Musst' ich plötzlich lachen, lachen
Eine Viertelstunde lang.
Du ein Dichter? Du ein Dichter?
Steht's mit deinem Kopf so schlecht?
"Ja, mein Herr, Sie sind ein Dichter"
Achselzuckt der Vogel Specht.
Wessen harr' ich hier im Busche?
Wem doch laur' ich Räuber auf?
Ist's ein Spruch? Ein Bild? Im Husche
Sitzt mein Reim ihm hintendrauf.
Was nur schlüpft und hüpft, gleich sticht der
Dichter sich's zum Vers zurecht.
-"Ja, mein Herr, Sie sind ein Dichter"
Achselzuckt der Vogel Specht.
Reime, mein' ich, sind wie Pfeile?
Wie das zappelt, zittert, springt,
Wenn der Pfeil in edle Theile
Des Lacerten-Leibchens dringt!
Ach, ihr sterbt dran, arme Wichter,
Oder taumelt wie bezecht!
-"Ja, mein Herr, Sie sind ein Dichter"
Achselzuckt der Vogel Specht.
Schiefe Sprüchlein voller Eile,
Trunkne Wörtlein, wie sich's drängt!
Bis ihr Alle, Zeil' an Zeile,
An der Tiktak-Kette hängt.
Und es giebt grausam Gelichter,
Das dies - freut? Sind Dichter - schlecht?
-"Ja, mein Herr, Sie sind ein Dichter"
Achselzuckt der Vogel Specht.
Höhnst du, Vogel? Willst du scherzen?
Steht's mit meinem Kopf schon schlimm,
Schlimmer stünd's mit meinem Herzen?
Fürchte, fürchte meinen Grimm! -
Doch der Dichter - Reime flicht er
Selbst im Grimm noch schlecht und recht.
-"Ja, mein Herr, Sie sind ein Dichter"
Achselzuckt der Vogel Specht.
Im Süden.
So häng' ich denn auf krummem Aste
Und schaukle meine Müdigkeit.
Ein Vogel lud mich her zu Gaste,
Ein Vogelnest ist's, drin ich raste.
Wo bin ich doch? Ach, weit! Ach, weit!
Das weisse Meer liegt eingeschlafen,
Und purpurn steht ein Segel drauf.
Fels, Feigenbäume, Thurm und Hafen,
Idylle rings, Geblök von Schafen, -
Unschuld des Südens, nimm mich auf!
Nur Schritt für Schritt - das ist ein Leben,
Stets Bein vor Bein macht deutsch und schwer.
Ich hiess den Wind mich aufwärts heben,
Ich lernte mit den Vögeln schweben, -
Nach Süden flog ich über's Meer.
Vernunft! Verdriessliches Geschäfte!
Das bringt uns allzubald an's Ziel!
Im Fliegen lernt' ich, was mich äffte, -
Schon fühl' ich Muth und Blut und Säfte
Zu neuem Leben, neuem Spiel...
Einsam zu denken nenn' ich weise,
Doch einsam singen - wäre dumm!
So hört ein Lied zu eurem Preise
Und setzt euch still um mich im Kreise,
Ihr schlimmen Vögelchen, herum!
So jung, so falsch, so umgetrieben
Scheint ganz ihr mir gemacht zum Lieben
Und jedem schönen Zeitvertreib?
Im Norden - ich gesteh's mit Zaudern -
Liebt' ich ein Weibchen, alt zum Schaudern:
"Die Wahrheit" hiess dies alte Weib...
Die fromme Beppa.
So lang noch hübsch mein Leibchen,
Lohnt's sich schon, fromm zu sein.
Man weiss, Gott liebt die Weibchen,
Die hübschen obendrein.
Er wird's dem armen Mönchlein
Gewisslich gern verzeih'n,
Dass er, gleich manchem Mönchlein,
So gern will bei mir sein.
Kein grauer Kirchenvater!
Nein, jung noch und oft roth,
oft trotz dem grausten Kater
Voll Eifersucht und Noth.
Ich liebe nicht die Greise,
Er liebt die Alten nicht:
Wie wunderlich und weise
Hat Gott dies eingericht!
Die Kirche weiss zu leben,
Sie prüft Herz und Gesicht.
Stets will sie mir vergeben, -
Ja, wer vergiebt mir nicht!
Man lispelt mit dem Mündchen,
Man knixt und geht hinaus,
Und mit dem neuen Sündchen
Löscht man das alte aus.
Gelobt sei Gott auf Erden,
Der hübsche Mädchen liebt
Und derlei Herzbeschwerden
Sich selber gern vergiebt.
So lang noch hübsch mein Leibchen,
Lohnt sich's schon, fromm zu sein:
Als altes Wackelweibchen
Mag mich der Teufel frein!
Der geheimnissvolle Nachen.
Gestern Nachts, als Alles schlief,
Kaum der Wind mit ungewissen
Seufzern durch die Gassen lief,
Gab mir Ruhe nicht das Kissen,
Noch der Mohn, noch, was sonst tief
Schlafen macht, - ein gut Gewissen.
Endlich schlug ich mir den Schlaf
Aus dem Sinn und lief zum Strande.
Mondhell war's und mild, - ich traf
Mann und Kahn auf warmem Sande,
Schläfrig beide, Hirt und Schaf: -
Schläfrig stiess der Kahn vom Lande.
Eine Stunde, leicht auch zwei,
Oder war's ein Jahr? - da sanken
Plötzlich mir Sinn und Gedanken
In ein ew'ges Einerlei,
Und ein Abgrund ohne Schranken
That sich auf: - da war's vorbei!
Morgen kam: auf schwarzen Tiefen
Steht ein Kahn und ruht und ruht...
Was geschah? so rief's, so riefen
Hundert bald: was gab es? Blut? - -
Nichts geschah! Wir schliefen, schliefen
Alle - ach, so gut! so gut!
Liebeserklärung.
(bei der aber der Dichter in eine Grube fiel)
Oh Wunder! Fliegt er noch?
Er steigt empor, und seine Flügel ruhn?
Was hebt und trägt ihn doch?
Was ist ihm Ziel und Zug und Zügel nun?
Gleich Stern und Ewigkeit
Lebt er in Höhn jetzt, die das
Leben flieht, Mitleidig selbst dem Neid -:
Und hoch flog, wer ihn auch nur schweben sieht!
Oh Vogel Albatross!
Zur Höhe treibt's mit ew'gem Triebe mich.
Ich dachte dein: da floss
Mir Thrän' um Thräne, - ja, ich liebe dich!
Lied eines theokritischen Ziegenhirten.
Da lieg' ich, krank im Gedärm, -
Mich fressen die Wanzen.
Und drüben noch Licht und Lärm!
Ich hör's, sie tanzen...
Sie wollte um diese Stund'
Zu mir sich schleichen.
Ich warte wie ein Hund, -
Es kommt kein Zeichen.
Das Kreuz, als sie's versprach?
Wie konnte sie lügen?
Oder läuft sie Jedem nach,
Wie meine Ziegen?
Woher ihr seid'ner Rock? -
Ah, meine Stolze?
Es wohnt noch mancher Bock
An diesem Holze?
Wie kraus und giftig macht
Verliebtes Warten!
So wächst bei schwüler Nacht
Giftpilz im Garten.
Die Liebe zehrt an mir
Gleich sieben Uebeln, -
Nichts mag ich essen schier.
Lebt wohl, ihr Zwiebeln!
Der Mond gieng schon in's Meer,
Müd sind alle Sterne,
Grau kommt der Tag daher, -
Ich stürbe gerne.
,,Diesen ungewissen Seelen".
Diesen ungewissen Seelen
Bin ich grimmig gram.
All ihr Ehren ist ein Quälen,
All ihr Lob ist Selbstverdruss und Scham.
Dass ich nicht an ihrem Stricke
Ziehe durch die Zeit,
Dafür grüsst mich ihrer Blicke
Giftig-süsser hoffnungsloser Neid.
Möchten sie mir herzhaft fluchen
Und die Nase drehn!
Dieser Augen hülflos Suchen
Soll bei mir auf ewig irre gehn.
Narr in Verzweiflung.
Ach! Was ich schrieb auf Tisch und Wand
Mit Narrenherz und Narrenhand,
Das sollte Tisch und Wand mir zieren?...
Doch ihr sagt: "Narrenhände schmieren, -
Und Tisch und Wand soll man purgieren,
Bis auch die letzte Spur verschwand!"
Erlaubt! Ich lege Hand mit an -,
Ich lernte Schwamm und Besen führen,
Als Kritiker, als Wassermann.
Doch, wenn die Arbeit abgethan,
Säh' gern ich euch, ihr Ueberweisen,
Mit Weisheit Tisch und Wand besch......
Rimus remedium.
Oder: Wie kranke Dichter sich trösten.
Aus deinem Munde,
Du speichelflüssige Hexe Zeit,
Tropft langsam Stund' auf Stunde.
Umsonst, dass all mein Ekel schreit:
"Fluch, Fluch dem Schlunde
Der Ewigkeit!"
Welt - ist von Erz:
Ein glühender Stier, - der hört kein Schrein.
Mit fliegenden Dolchen schreibt der Schmerz
Mir in's Gebein:
"Welt hat kein Herz,
Und Dummheit wär's, ihr gram drum sein!"
Giess alle Mohne,
Giess, Fieber! Gift mir in's Gehirn!
Zu lang schon prüfst du mir Hand und Stirn.
Was frägst du? Was? "Zu welchem - Lohne?"
- - Ha! Fluch der Dirn'
Und ihrem Hohne!
Nein! Komm zurück!
Draussen ist's kalt, ich höre regnen -
Ich sollte dir zärtlicher begegnen?
- Nimm! Hier ist Gold: wie glänzt das Stück! -
Dich heissen "Glück"?
Dich, Fieber, segnen? -
Die Thür springt auf!
Der Regen sprüht nach meinem Bette!
Wind löscht das Licht, - Unheil in Hauf'!
Wer jetzt nicht hundert Reime hätte,
Ich wette, wette,
Der gienge drauf!
,,Mein Glück!"
Die Tauben von San Marco seh ich wieder:
Still ist der Platz, Vormittag ruht darauf.
In sanfter Kühle schick' ich müssig Lieder
Gleich Taubenschwärmen in das Blau hinauf -
Und locke sie zurück,
Noch einen Reim zu hängen in's Gefieder
- mein Glück! Mein Glück!
Du stilles Himmels-Dach, blau-licht, von Seide,
Wie schwebst du schirmend ob des bunten Bau's,
Den ich - was sag ich? - liebe, fürchte, neide...
Die Seele wahrlich tränk' ich gern ihm aus!
Gäb' ich sie je zurück? -
Nein, still davon, du Augen-Wunderweide!
- mein Glück! Mein Glück!
Du strenger Thurm, mit welchem Löwendrange
Stiegst du empor hier, siegreich, sonder Müh!
Du überklingst den Platz mit tiefem Klange
Französisch, wärst du sein accent aigu?
Blieb ich gleich dir zurück,
Ich wüsste, aus welch seidenweichem Zwange...
- mein Glück! Mein Glück!
Fort, fort, Musik! Lass erst die Schatten dunkeln
Und wachsen bis zur braunen lauen Nacht!
Zum Tone ist's zu früh am Tag, noch funkeln
Die Gold-Zieraten nicht in Rosen-Pracht,
Noch blieb viel Tag zurück,
Viel Tag für Dichten, Schleichen, Einsam-Munkeln
- mein Glück! Mein Glück!
Nach neuen Meeren.
Dorthin- will ich; und ich traue
Mir fortan und meinem Griff.
Offen liegt das Meer, in's Blaue
Treibt mein Genueser Schiff.
Alles glänzt mir neu und neuer,
Mittag schläft auf Raum und Zeit
Nur dein Auge - ungeheuer
Blickt mich's an, Unendlichkeit!
Sils-Maria.
Hier sass ich, wartend, wartend, - doch auf Nichts,
Jenseits von Gut und Böse, bald des Lichts
Geniessend, bald des Schattens, ganz nur Spiel,
Ganz See, ganz Mittag, ganz Zeit ohne Ziel.
Da, plötzlich, Freundin! wurde Eins zu Zwei --
Und Zarathustra gieng an mir vorbei...
An den Mistral.
Ein Tanzlied.
Mistral-Wind, du Wolken-Jäger,
Trübsal-Mörder, Himmels-Feger,
Brausender, wie lieb' ich dich!
Sind wir Zwei nicht Eines Schoosses
Erstlingsgabe, Eines Looses
Vorbestimmte ewiglich?
Hier auf glatten Felsenwegen
Lauf' ich tanzend dir entgegen,
Tanzend, wie du pfeifst und singst:
Der du ohne Schiff und Ruder
Als der Freiheit freister Bruder
Ueber wilde Meere springst.
Kaum erwacht, hört' ich dein Rufen,
Stürmte zu den Felsenstufen,
Hin zur gelben Wand am Meer.
Heil! da kamst du schon gleich hellen
Diamantnen Stromesschnellen
Sieghaft von den Bergen her.
Auf den ebnen Himmels-Tennen
Sah ich deine Rosse rennen,
Sah den Wagen, der dich trägt,
Sah die Hand dir selber zücken,
Wenn sie auf der Rosse Rücken
Blitzesgleich die Geissel schlägt, -
Sah dich aus dem Wagen springen,
Schneller dich hinabzuschwingen,
Sah dich wie zum Pfeil verkürzt
Senkrecht in die Tiefe stossen, -
Wie ein Goldstrahl durch die Rosen
Erster Morgenröthen stürzt.
Tanze nun auf tausend Rücken,
Wellen-Rücken, Wellen-Tücken -
Heil, wer neue Tänze schafft!
Tanzen wir in tausend Weisen,
Frei - sei unsre Kunst geheissen,
Fröhlich - unsre Wissenschaft!
Raffen wir von jeder Blume
Eine Blüthe uns zum Ruhme
Und zwei Blätter noch zum Kranz!
Tanzen wir gleich Troubadouren
Zwischen Heiligen und Huren,
Zwischen Gott und Welt den Tanz!
Wer nicht tanzen kann mit Winden,
Wer sich wickeln muss mit Binden,
Angebunden, Krüppel-Greis,
Wer da gleicht den Heuchel-Hänsen,
Ehren-Tölpeln, Tugend-Gänsen,
Fort aus unsrem Paradeis!
Wirbeln wir den Staub der Strassen
Allen Kranken in die Nasen,
Scheuchen wir die Kranken-Brut!
Lösen wir die ganze Küste
Von dem Odem dürrer Brüste,
Von den Augen ohne Muth!
Jagen wir die Himmels-Trüber,
Welten-Schwärzer, Wolken-Schieber,
Hellen wir das Himmelreich!
Brausen wir... oh aller freien
Geister Geist, mit dir zu Zweien
Braust mein Glück dem Sturme gleich. -
Und dass ewig das Gedächtniss
Solchen Glücks, nimm sein Vermächtniss,
Nimm den Kranz hier mit hinauf!
Wirf ihn höher, ferner, weiter,
Stürm' empor die Himmelsleiter,
Häng ihn - an den Sternen auf!
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